Corriger, encore et encore

En ce moment, je travaille sur beaucoup de projets à la fois, ce qui n’est pas dans mes habitudes (et qui m’a donc pris un bon moment d’adaptation). Au programme, notamment, les corrections de « Dresseur de Fantômes », qui paraîtra le mois prochain chez l’Atalante, ainsi que celles d’un roman prévu pour l’année prochaine. Car on ne passe pas directement de la phase » écriture » à la phase « impression » ! Avant cela, il y a un gros travail de relecture et de correction qui est à la fois effectué par l’éditeur et par l’auteur.

La première étape est celle du débroussaillage. Il s’agit de traquer les incohérences dans l’histoire, de réécrire les passages les plus confus, de raccourcir ce qui ne mérite pas qu’on lui accorde autant de place, de rallonger ce qui n’est pas assez détaillé, et surtout pour ma part, de vérifier que les personnages se tiennent. Il m’est par exemple déjà arrivé de supprimer un personnage qui n’avait pas d’impact dans l’histoire, ou à l’inverse de reprendre tout un roman pour donner à un autre personnage sous-estimé sa place réelle. 
 
Un exemple de premier jet : des pages couvertes d’annotations par l’éditeur, afin de guider l’auteur dans ses corrections. 

Une fois cette étape achevée, je reprends le texte pour le débarrasser de ses scories : c’est le moment du polissage. Comme je corrigeais en même temps mes deux prochains romans, je me suis aperçue avec effroi que j’avais deux gros défauts. D’abord, j’ai une grosse tendance à user et abuser des adverbes. C’est bien simple, j’en colle partout, et lors des corrections, c’est un massacre. J’ai également du mal au niveau des descriptions des réactions physiques de mes personnages (ce qui donne à peu près quinze « il fronça les sourcils » et vingt-sept « elle eut un demi-sourire » par page). Mais il faut aussi régler leur sort aux répétitions, qui alourdissent le texte, comme aux fautes d’orthographe. Enfin, un dernier type de détail auquel je prête une grande attention : les bêtises qu’on écrit sans réfléchir. Un exemple ? Dans mon premier roman, mes personnages se rendaient à une foire médiévale, au cours de laquelle ils croisaient un montreur d’ours. Je me souviens avoir écrit « L’ours mesurait plus de vingt pieds de haut ». Soit 6 mètres, salut la crédibilité.

Et la version « épreuves », mise en page comme le roman final

Dernière étape, enfin, celle des épreuves, où l’on reçoit le texte mis en page pour une dernière lecture. Une fois validés, ces épreuves sont transmises à l’imprimeur et le texte devient enfin livre.

Hello 2014 !

C’est un petit paradoxe, oui, mais le premier article de 2014 sera consacré à 2013 ! Avant d’en arriver aux résolutions, il n’est en effet jamais mauvais de faire le bilan de l’année écoulée.
Et pour moi, elle fut plutôt pas mal puisque sur trois romans rédigés, deux seront publiés l’année prochaine : 
L’Aventurier et le Fantôme a changé de nom pour devenir Dresseur de Fantômes et paraîtra en avril 2014 chez l’Atalante. Je suis très heureuse et fière de rejoindre cette maison, dont les romans m’accompagnent depuis longtemps (Abzalon de Pierre Bordage fut ma toute première incursion dans le monde de la SF). Je suis aussi très impatiente de pouvoir partager avec vous l’illustration de la couverture du roman, que je trouve absolument géniale 🙂 Bientôt, j’espère ! 
Le Vent te prendra – toujours un titre provisoire – devrait quant à lui voir le jour en juin. Impossible pour l’instant de vous en dire plus, mais je devrais commencer les corrections dans les jours à venir.
Voilà pour les réussites. Me reste donc un échec : un roman d’amour et d’amitié dans un monde dévasté par une épidémie zombie. Mais ce n’est que partie remise, et sa réécriture devrait faire partie de mes objectifs pour 2014.
Du côté des résolutions, je n’en garde qu’une : retrouver un véritable rythme d’écriture. Cela fait maintenant deux ans que je suis passée du statut d’étudiante à celui de vraie travailleuse, et la gestion de mon temps reste mon plus grand problème. Pas toujours facile de rouvrir son traitement de texte après une journée de boulot… Et malheureusement, l’écriture n’étant pas si éloignée que ça du sport, plus l’on traîne à s’y remettre, plus cela devient difficile. Il faut aussi accepter le fait que l’on ne peut plus écrire autant qu’avant, et prioriser ses projets – ce qui n’est pas non plus une partie de plaisir : les hésitations sont longues, les choix rarement évidents.
Par chance, 2014 devrait m’offrir la possibilité de réduire mon temps de travail et de dégager un jour par semaine pour l’écriture. Je croise les doigts pour que cela se fasse vite !
Et en attendant, je vous souhaite à tous une excellente année, pleine de rires, de lectures et de chocolat (le triumvirat de mon existence). A très bientôt !

Ma Quête d’Ewilan à moi

Aujourd’hui, un article spécial pour vous parler d’un livre qui, pour moi, l’est tout autant. La Quête d’Ewilan ainsi que ses suites trônent en effet en bonne place dans ma bibliothèque, et ces derniers jours, alors que je viens de lire la BD tirée du roman, beaucoup de choses me reviennent. 

Été 2003. J’ai 14 ans, et sur le conseil d’une amie, un peu par hasard, je m’attaque au premier tome de la série. Le livre vient de sortir, Pierre Bottero ne déchaîne pas encore les foules à chaque signature… Je dois avouer que je n’attends pas énormément de cette lecture, moi qui dévore les romans de fantasy depuis quelques années déjà et qui n’est plus très loin du seuil de saturation. Mais au fil des pages, je me laisse prendre, et peu à peu, je vois émerger un petit quelque chose, indéfinissable et insaisissable, qui me touche. Une atmosphère, un esprit, une écriture qui s’affermit… Les personnages de la Dame et du Dragon achèvent de me convaincre : ce livre sera un jalon dans ma propre expérience de l’écriture. Sous la plume de Pierre Bottero, j’ai l’impression de sentir la personne, et cette personne-là me plait. J’ouvre l’annuaire sans réfléchir. Son adresse est à l’intérieur. Je lui écris. Puis, tout simplement, il me répond. Une fois, deux fois… Il accepte de lire un de mes textes. Dix pages, cent pages… En suivant ses conseils, j’apprends à me relire d’un œil plus neutre et exigeant, j’apprends même à aimer cette phase de correction et de re-travail intensif.  
Mai 2005 : Le travail a payé. Mon premier roman est publié chez Rageot Editeur… Oui, oui, la même maison qu’Ewilan ! Sentiment euphorisant d’avoir trouvé ma voie. Un premier cycle se termine : je me lance avec enthousiasme dans le suivant, toujours accompagnée par les livres de Pierre, les Mondes d’abord, puis l’Autre et Ellana. Ils semblent me suivre à mesure que je grandis et se font plus complexes et plus délicats à la fois, plus sombres aussi. 
Novembre 2009 : Fin d’un nouveau cycle. Je perds un mentor, la personne sur laquelle j’avais appris à me reposer – un peu trop souvent, peut-être. Ce n’est pas un envol, c’est un atterrissage forcé. Je lis les derniers livres de Pierre. Je regarde les autres, alignés sur l’étagère ; je feuillette ceux dans lesquels apparaît Kamil Nil’Bhrissau, mon alter ego alavirien, pour m’assurer que tout cela était bien réel. Je voudrais relire Ewilan et retrouver ce que j’y avais vu six ans plus tôt, mais je n’y arrive pas. 

Automne 2013 : La Quête d’Ewilan est sortie en BD, adaptée par Lylian et dessinée par Laurence Baldetti. Je l’ai achetée dès que je l’ai pu, et j’ai ouvert l’album avec un instant d’appréhension… Vite envolé : l’ouvrage est magnifique. Ca y est, j’ai enfin remis les pieds en Gwendalavir.
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